Face à l’imposture du capitalisme,
il est temps de construire ensemble un autre monde juste et solidaire.
INTEGRATION : Intégration indispensable

En Suisse, un habitant sur cinq est étranger. Soucieuse de contribuer à un développement social harmonieux, l’ASLOCA s’engage dans le dossier « habitat et intégration » qui sera notamment traité à la Journée nationale de la Commission fédérale des étrangers, le 11 novembre 2004 à Berne.
Le nombre d’étrangers en Suisse s’élève à 1 501 000 habitants. En d’autres termes, un habitant sur cinq est étranger. Cependant, la répartition géographique de la communauté étrangère, ou plus précisément des communautés étrangères, est loin d’être uniforme. Les disparités sont importantes, que ce soit au niveau du pays, des cantons, des communes, des quartiers ou même des immeubles. Ainsi, si les enjeux de l’intégration des étrangers sont communs à toute la Suisse, ils se présentent de manières diverses selon où l’on se trouve. Certains chiffres illustrent bien ces propos. Il ressort du dernier recensement fédéral de la population que 41 % des étrangers sont domiciliés dans trois cantons, Berne, Vaud et Zurich, alors que ces cantons représentent uniquement 31, 6% de la population résidante en Suisse. Toutefois, c’est le canton de Genève qui accueille proportionnellement le plus d’étrangers avec un taux de 37,9%. A l’opposé, Uri en accueille seulement 2859, ce qui représente 8% de sa population.
Perceptions
différentes
Au-delà de cette concentration
dans certains cantons, la
répartition des étrangers par
nationalité laisse apparaître
une réalité très diversifiée :
84 % des 70 452 Français et
63 % des 162 098 Portugais
vivent en Suisse romande,
alors que 89 % des 141 049
Allemands, 90 % des 83 325
Turcs et 83 % des 370 285 ressortissants
des pays issus de
l’ex-Yougoslavie vivent en
Suisse allemande. Il est donc
évident que la perception de la
présence des migrants ne peut
être la même d’un coté et de
l’autre de la Sarine.
Cette différenciation existe
aussi au niveau des communes
et des villes. Parmi les villes de
plus de 30 000 habitants, Genève,
Lausanne et Neuchâtel accueillent
respectivement 43,6%,
36,2% et 31,6% d’étrangers,
alors qu’à l’opposé Thoune ou
Köniz affichent une présence
d’étrangers très faible : 12% et
13,6%. Par ailleurs, même si le
phénomène n’a pas l’ampleur
connue dans d’autres pays, on
assiste à une progression de la
ségrégation de la population
étrangère et indigène. Selon une
étude menée en 2004, la ségrégation
– c’est-à-dire la concentration
séparée des populations
suisses et étrangères – serait la
plus forte dans l’agglomération
de Fribourg et la plus faible à
Zoug.
Eviter les ghettos
D’autres chiffres montrent
encore que, dans certains quartiers,
le nombre d’étrangers est
très élevé et que la population
étrangère se concentre dans
certains immeubles. C’est le
cas à Renens (VD) où plus d’un
tiers des grands immeubles (de
20 logements et plus) est occupé
par plus de 60 % de ménages
étrangers. La part d’immeubles
ayant un tel taux de ménages
étrangers dépasse 20% à Vernier
(GE) ou à Vevey (VD). Or,
seuls 3% de la population suisse
vivent dans ces grands immeubles.
Enfin, les cinq grandes
agglomérations suisses (Zurich,
Bâle, Genève, Berne, Lausanne)
aspirent le quart de la population
nouvelle arrivant de l’étranger.
Ces données, mises en relation
avec le déplacement des
classes dirigeantes et aisées du
centre des agglomérations vers
les espaces extérieurs aux zones
urbaines, et celui des ouvriers et
travailleurs non qualifiés, aux
revenus nettement plus bas,
vers les quartiers suburbains,
font clairement ressortir le phénomène
de concentration de la
population étrangère et de segmentation
sociale des agglomérations.
Il s’agit là d’un enjeu
majeur auquel doivent faire
face les autorités, mais aussi
toutes les organisations soucieuses
d’un développement
social harmonieux.
Les politiques publiques de
construction de logements, de
rénovation des immeubles et
des loyers, comme l’attribution
des appartements, doivent donc
résolument être des instruments
destinés à éviter la ghettoïsation
des villes, garantir la mixité
sociale et promouvoir une intégration
des habitants.
Plus de 90 %
de locataires
Sous l’angle de la défense des
locataires, il faut relever que si
la population en Suisse est locataire
à raison de 64%, ce taux
s’élève à 91% pour la population
étrangère résidente. Cette
différence peut s’expliquer certainement
par des revenus globalement
plus bas, qui rendent
plus difficile l’accès à la propriété,
mais aussi par la durée
du séjour en Suisse ou le projet
de retour au pays que nombre
de migrants nourrissent pendant
des années.
En outre, les locataires étrangers
connaissent mal leurs droits
ou renoncent à saisir les instances
judiciaires. Cela résulte
notamment de la mauvaise maîtrise
de la langue, de la méconnaissance
des institutions de
défense de leurs droits telle
l’ASLOCA, de la peur de
conflits avec les bailleurs et les
régisseurs, comme d’un rapport
au logement différent du fait
qu’ils proviennent pour la plupart
de pays où les habitants sont
majoritairement propriétaires.
Ce dernier élément incite certai-
nement ces locataires à être
moins exigeants à l’égard du
bailleur en matière de défauts et
à entretenir, parfois à grands
frais, eux-mêmes les logements.
Des régisseurs
peu scrupuleux
Il n’est pas rare de constater
en Suisse romande, comme cela
a été établi à Zurich dans le
cadre d’un programme intitulé
« Egalité des chances », que des
régisseurs peu scrupuleux
recherchent en priorité des
locataires étrangers, certes solvables
mais à statut précaire, en
raison de « l’avantage concurrentiel
» qu’ils représentent par
rapport aux locataires suisses :
prétentions et nombre de litiges
inférieurs. Cette situation aboutit
aussi à des loyers plus élevés
pour les étrangers.
Les cas concrets de discrimination
touchent tant l’ouvrier
portugais que le cadre d’entreprise
canadien. L’un et l’autre
peuvent se faire piéger par des
bailleurs. La conclusion de
contrats de durée déterminée
permettant de majorer massivement
le loyer à la reconduction
du contrat, la fixation de loyers
initiaux totalement disproportionnés,
les calculs inexacts de
charges annexes ou encore la
non-restitution des garanties de
loyer, apparaissent souvent, lors
de nos consultations, comme
des actes discriminatoires.
Au-delà des litiges avec les
bailleurs, il arrive aussi, assez
fréquemment, que des conflits
naissent entre locataires en raison
d’incompréhensions sur le
mode de vie et sur leur relation
à l’autre. Ces conflits nous laissent
souvent désemparés car
difficiles à aborder et surtout
parce qu’ils mettent face à face
deux de nos membres.
L’ASLOCA,
partie prenante
Il est donc aussi de la responsabilité
de l’ASLOCA de se saisir
et de traiter la problématique
de l’intégration des étrangers
dans son action en faveur des
locataires et de promouvoir la
connaissance par ceux-ci de
leurs droits. Une telle approche
réduit les risques d’exclusion
des membres les plus fragiles de
la société et renforce la défense
de l’ensemble des locataires.
Il est donc important que nos
consultants, mais aussi nombre
de membres des comités des
sections, participent à la Journée
nationale de la Commission
fédérale des étrangers qui aura
lieu le jeudi 11 novembre 2004 à
Berne et qui sera justement
consacrée au sujet « Intégration
et habitat ».
Cette journée traitera deux
thèmes majeurs : d’une part,
celui de l’intégration sous le
titre « Faciliter la cohabitation »
et, d’autre part, celui des
moyens d’interventions sous le
chapitre « Eliminer les obstacles
juridiques et urbanistiques
à l’intégration ».
Pour les participants, ce sera
l’occasion de découvrir les dernières
analyses en matière d’intégration
et d’exclusion dans la
ville, de prendre connaissance
d’expériences concrètes de promotion
de l’intégration en Suisse
allemande et surtout de se
documenter sur les possibilités
légales d’intervention sous
l’angle du droit de l’aménagement
du territoire, du droit du
bail et du droit des étrangers.
Nous ne pouvons que vous
inviter à participer nombreux à
cette journée.
Carlo Sommaruga
Secrétaire général
ASLOCA Romande
