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NATURALISATIONS : L’initiative de l’UDC est une perversion populiste des instruments de démocratie directe

Dans ce débat parlementaire, trois questions ont été évoquées : la validité de l’initiative UDC, son acceptation ou son rejet et, enfin, la question d’un contre-projet indirect à lui opposer. Si le rejet du texte UDC était une absolue évidence pour les Socialistes, les deux autres points ont eux été débattus. Carlo Sommaruga dans son allocution à la tribune du Conseil national a soutenué le point de vue majoritaire du groupe socialiste tant sur la question de l’invalidité que celle de l’initiative parlementaire Thomas Pfisterer. Voici, les éléments essentiels de son intervention.
Il est aujourd’hui incontesté que l’initiative populaire de l’UDC "pour des naturalisations démocratiques" viole le droit international. Les différents experts entendus lors de la séance conjointe des commissions des affaires juridiques et des institutions politiques l’ont dit clairement. Une réglementation qui introduit un système de décision au sujet de la naturalisation sans indication des motifs ni de recours possibles produit des actes juridiques incompatibles avec les conventions internationales relatives aux droits de l’homme. Elle aboutit aussi à des décisions forcément discriminatoires, comme celle rendue à Emmen/LU et dont le Tribunal fédéral a rappelé l’invalidité. Les décisions ainsi rendues seraient toutes contraires à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Comme l’a relevé le professeur Andreas Auer en commission, la production de discriminations est inhérente à la proposition de réglementation contenue dans l’initiative populaire de l’UDC, abusivement intitulée "pour des naturalisations démocratiques".
A ce stade, la question de la nature impérative du droit international et de l’invalidité de l’initiative populaire est posée. La réponse doit être donnée non pas sous l’angle d’un juridisme étroit, mais dans la perspective générale dans laquelle s’inscrit l’initiative.
C’est dans cette perspective que la violation des articles 8, 9, 29 et 29a de la Constitution fédérale et la violation du droit international doit être examinée. Là, il n’y a pas de doute : la mesure de l’admissible est dépassée. Les principes de droit impératifs sont atteints, si ce n’est dans la lettre, du moins dans l’esprit. La mesure est dépassée d’autant plus que si l’initiative était acceptée par le peuple et les cantons, sa mise en œuvre concrète serait immédiatement contestée avec succès devant les tribunaux ou auprès de la Cour européenne des droits de l’homme, la rendant matériellement impossible à concrétiser.
Il ne faut pas renouveler l’erreur commise avec l’initiative "Internement à vie pour les délinquants sexuels ou violents jugés très dangereux et non amendables" ! Celle-ci fut déclarée valable par les chambres, puis acceptée par le peuple et les cantons, mais aujourd’hui, le traitement de sa législation d’application est en suspens devant le Conseil national, car la commission des affaires juridiques considère à juste titre qu’elle est impossible de la concrétiser sans violer le droit international impératif.
Avec l’initiative de l’UDC sur les naturalisations, nous avons affaire à une perversion de l’initiative populaire en tant qu’instrument de la démocratie directe. Ici, l’initiative n’est plus une question légitime du peuple posée au peuple dans le respect des structures démocratiques ; ici, elle devient un levier politique au service d’un projet populiste autoritaire structurant délibérément la soumission des pouvoirs et des contre-pouvoirs démocratiques au nom de la prétendue inviolabilité de la volonté populaire.
Le populisme, c’est l’appel direct au peuple en mettant en marge l’Etat de droit, ses institutions et ses représentants légitimes dans les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. C’est ce que propose aujourd’hui cette initiative dans le champ des naturalisations. C’est ce qui sera le cas demain dans le champ de la liberté de croyance avec l’initiative contre les minarets lancée par ce même parti fascisant. A cette perversion d’un des instruments centraux de notre démocratie directe, il faut mettre un terme. Il n’y a pas de place, dans notre système démocratique, pour un appel au peuple contre la raison, contre le droit et contre les institutions. Il est donc urgent de déclarer l’initiative invalide. Le Conseil national ne l’a pas fait le Conseil des Etats peut encore le faire
Carlo Sommaruga
Conseiller national
