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SUISSE : Où sont les millions que le terroriste de Lockerbie avait cachés ?

16 janvier 2010 - Le Matin Dimanche
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Le terroriste libyen de Lockerbie, Abdelbaset Ali al-Megrahi, avait des millions sur un compte en banque en Suisse, lorsqu’il a été condamné, il y a huit ans, pour l’attentat du vol 103 de la Pan Am. La presse anglaise parle de 3 millions de francs. Atteint d’un cancer de la prostate, l’homme a été libéré en août dernier. Alors où est passé cet argent aujourd’hui ?

La justice écossaise (Crown Office) a déclaré au « Matin Dimanche » qu’encore en novembre 2008, elle a refusé la libération d’Abdelbaset Ali al-Megrahi, craignant qu’il ait accès à ces fonds.

« Lorsque M. Al Megrahi a formulé une requête de libération sous caution fin 2008, le Crown Office s’y est opposé car M. Al Megrahi était un agent des renseignements libyens, qu’il avait d’importantes sommes d’argent sur un compte en Suisse et qu’il avait déjà eu recours à de faux passeports », explique une porte-parole du Crown Office.

Voilà qui laisse penser que les millions du terroriste de Lockerbie, rentré depuis en Libye, sont – ou étaient encore il y a peu – placés en Suisse.

La justice écossaise se refuse par contre à commenter l’état des comptes bancaires au moment même de la libération d’Abdelbaset Ali al-Megrahi. Rappelant que sa libération s’est faite par compassion et non pour des raisons politiques, diplomatiques ou économiques.

Justice suisse muette

Du côté des instances judiciaires helvétiques, malgré plusieurs sollicitations, impossible d’en savoir plus. Pourtant, ce volet de l’affaire est connu de la justice suisse. Elle avait fourni des informations aux enquêteurs écossais.

« Le Crown Office, via une demande d’entraide judiciaire, avait requis des informations quant à des comptes appartenant à M. Al Megrahi, détaille la porte-parole de l’institution écossaise. Les preuves avaient été obtenues en juin 2000. » A l’époque, ces éléments n’avaient pas pu être retenus, le procès ayant déjà débuté.

« Ce qui paraît étonnant dans ce dossier, c’est que l’on ait jamais entendu parler de ces fonds placés en Suisse et que cet argent n’ait pas été séquestré par nos autorités », analyse Carlo Sommaruga.

Le conseiller national socialiste et membre de la Commission de politique extérieure relève en outre que « Abdelbaset Ali al-Megrahi a été reconnu coupable de l’attentat. Il serait donc important de savoir si des investigations ont eu lieu et si une procédure en confiscation a été ouverte. N’oublions pas que si une personne appartenant à une organisation terroriste ne fait pas clairement la preuve de l’absence de lien entre ses avoirs et l’activité terroriste, l’argent lui est confisqué. »

Enfin, et bien que les affaires ne soient pas liées, on se demande si cet argent était toujours dans une banque helvétique, alors que le bras de fer entre la Suisse et la Libye était engagé, suite à l’arrestation d’Hannibal Kadhafi à Genève. « Même si cet argent est encore en Suisse, ce ne serait pas un moyen de pression judicieux.. Il ne faut pas mélanger ce dossier à celui des Suisses retenus en Libye », note Martine Brunschwig Graf, conseillère nationale et membre de la Commission de politique extérieure.

Julian Pidoux


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