Face à l’imposture du capitalisme,
il est temps de construire ensemble un autre monde juste et solidaire.
ASILE : Pour une politique humaine et responsable
Au siècle dernier, le coeur de la Suisse était une forteresse. Aujourd’hui, c’est la Suisse qui est au coeur d’une forteresse. Cette forteresse se nomme Schengen/Dublin, forteresse qui, loin des regards, érige des murs, des grillages, organise des patrouilles, refoule et qui parfois utilise même les armes comme à Ceuta et Melilla. Une forteresse contre des femmes, des hommes et des enfants qui, sans papiers, requérants d’asile, fuient les zones de conflits, les catastrophes et la pauvreté endémique.
En Suisse, cette machine à broyer les individus et les destins intéresse la majorité politique de ce Parlement uniquement sous l’angle comptable : chiffrer les admissions et les expulsions, contrôler les ratios de refus d’asile, comme un chef de gare compte et organise les wagons. Jamais la dimension humaine des politiques d’asile et des étrangers n’est discutée, alors même que les partis bourgeois se gargarisent de leur humanisme. Que penser à l’heure où Max Göldi croupit dans une prison libyenne de la collaboration italo-libyenne, que Frontex, dont la Suisse fait partie, veut reprendre à son compte, permettant le refoulement de boat people dans les camps du désert libyen ? Et que penser du renvoi par la police vaudoise, à l’aube et en pyjama, d’une jeune fille cataloguée "cas Dublin" et qui, laissée à elle-même, sera séquestrée et violée pendant quinze jours à Rome ? Personne n’est responsable, ni les policiers, ni le conseiller d’Etat libéral, ni l’Office fédéral des migrations, ni ce Parlement qui a pourtant voté les lois et réparti les compétences.
Le Parti socialiste est convaincu que tout en respectant l’accord de Dublin, la Suisse peut maintenir ses ambassades comme lieu de dépôt des demandes d’asile. Elle peut inscrire dans la loi sur l’asile, comme le propose une initiative parlementaire socialiste, une claire clause humanitaire et de souveraineté qui permet de traiter des demandes d’asile, comme celle de Fahad Khammas, même si un autre Etat est compétent. La Suisse peut supprimer le statut de non-entrée en matière, le NEM, et le concept absurde d’aide d’urgence qui pousse les requérants déboutés à vivre dans la clandestinité. La Suisse peut améliorer les conditions de vie et de logement des requérants d’asile. En un mot : la Suisse peut mener une politique d’asile cohérente et humaine. C’est là l’engagement des socialistes et la teneur de leurs propositions et c’est là qu’iront nos votes aujourd’hui pour soutenir et combattre les interventions selon qu’elles vont dans ce sens ou pas.
Carlo Sommaruga, Conseiller national