Face à l’imposture du capitalisme,
il est temps de construire ensemble un autre monde juste et solidaire.
POLITIQUE ETRANGERE : Intégrer dans nos politiques internes les engagements et responsabilités internationales de la Suisse
Tout rapport du Conseil fédéral - et le rapport sur la politique extérieure ne fait pas exception-, est la présentation du bilan et des perspectives de l’action gouvernementale. Il n’appartient donc pas au Parlement d’en dicter sa teneur, comme l’exige hors de propos la minorité Schlüer dans sa proposition de renvoi au Conseil fédéral. Par la consultation obligatoire des commissions et par le débat sur les rapports, notre Parlement dispose d’instruments propres à peser sur les orientations de la politique extérieure du Conseil fédéral et le groupe socialiste est attaché au respect effectif de ce dialogue permanent.
Le rapport sur la politique extérieure 2009 aborde pour la première fois la politique étrangère dans son ensemble. C’est là un choix judicieux, car le Parlement dispose d’un instrument permettant de mettre en lumière la cohérence de la politique menée, les points forts, mais aussi les points faibles. La cohérence en politique étrangère est gage de respect et de prise en considération par les autres Etats. Cette cohérence dépasse largement le volet opérationnel du Département fédéral des affaires étrangères, comme le redéploiement nécessaire et entrepris correctement par le département des ressources en fonction de l’évolution des rapports de forces mondiaux ; c’est bien plus la cohérence entre les choix de politique intérieure et les obligations et les responsabilités internationales d’un pays industrialisé parmi les plus riches du globe. La mondialisation économique et l’internationalisation des enjeux sociaux et environnementaux obligent à ce que toute politique interne intègre une dimension internationale. C’est vrai pour la politique budgétaire et le respect des Objectifs du Millénaire pour le développement et le 0,7 pour cent en faveur de l’aide publique au développement. C’est vrai pour la politique climatique et la loi sur le CO2, l’objectif de celle-ci étant de réduire nos émissions de CO2, selon ce que la communauté internationale attend de la Suisse. C’est vrai pour tout autre domaine, la liste est longue.
Mais la capacité de s’affirmer dans la gouvernance mondiale naissante ne peut reposer que sur une cohérence globale de l’action internationale du Conseil fédéral. S’il est juste de s’engager au sein de l’ONU pour une réforme du Conseil de sécurité ou pour la réforme du Conseil des droits de l’homme ; s’il est juste de viser la présidence de son Assemblée générale et un siège au Conseil de sécurité ; s’il est favorable de disposer d’une coopération au développement reconnue comme celle de la Suisse ; il est essentiel que la politique de lutte contre l’argent sale et l’évasion fiscale s’inscrive également dans cette cohérence. A défaut, rien ne freinera l’affaiblissement global de notre position dans le concert des nations, cela malgré les succès de médiation entre Etats que peut avoir notre diplomatie, comme ce fut le cas ces deux dernières années. Cette cohérence de l’ensemble des volets de la politique étrangère, y inclus la politique financière et fiscale, est certainement une évidence pour le DFAE. Cette évidence ne semble pas encore être comprise pour la majorité du Conseil fédéral. Sur ce point, il reste encore du travail.
Carlo Sommaruga, Conseiller national