Face à l’imposture du capitalisme, il est temps de construire ensemble un autre monde juste et solidaire.

INITIATIVE POUR LE RENVOI DES CRIMINELS ETRANGERS : Non à l’initiative et Non au contre-projet

2 juin 2010 - Intervention de Carlo Sommaruga du 2 juin 2010

Les démocraties occidentales, et la démocratie suisse en particulier, se sont construites sur le respect de chaque individu, quelle que soit l’origine sociale, religieuse, ethnique ou raciale. Le respect des droits fondamentaux inscrits dans la Constitution, dans la Convention européenne des droits de l’homme et dans d’autres conventions internationales est la garantie de la pérennité des démocraties. La mise en oeuvre de ces droits fondamentaux correspond à la poursuite des politiques d’inclusion de chaque individu dans la société et donc au renforcement de la cohésion sociale indispensable.

Les forces nationalistes de notre pays et l’UDC se sont fixé comme objectif de combattre ces valeurs fondamentales, pas de front, mais en s’en prenant aux segments les plus vulnérables de la société, ce qui suscite difficilement une sympathie spontanée. Ce fut le cas avec l’attaque contre la liberté des religions par le biais de l’initiative populaire "contre la construction de minarets" qui s’en prenait à une minorité religieuse. C’est aujourd’hui le cas avec l’initiative populaire "pour le renvoi des étrangers criminels" qui, de fait, s’en prend à l’ensemble des étrangers.

Le courage politique des premiers bâtisseurs de la démocratie suisse devrait inspirer leurs héritiers au sein des groupes libéral-radical et PDC/PEV/PVL pour qu’ils invalident une initiative qui porte clairement atteinte à nos valeurs constitutionnelles, pour que leurs forces participent à la clôture d’un faux débat et pour qu’on admette que l’arsenal juridique actuel, contrairement aux affirmations mensongères des initiants et des nationalistes, permet déjà d’expulser les criminels étrangers. En effet, la loi actuelle permet, dans le respect de la Constitution fédérale et des droits individuels de chacun, d’éloigner les criminels qui auraient commis l’irréparable.

Accepter de valider l’initiative, c’est accepter l’érosion idéologique des droits fondamentaux et de notre démocratie. Mais c’est aussi renforcer le discours selon lequel le mal serait incarné par l’étranger, discours que distille l’UDC depuis des décennies en s’en prenant tour à tour aux sans-papiers, aux requérants d’asile, aux travailleurs étrangers migrants, aux étrangers résidents, aux double nationaux, aux naturalisés et finalement aussi aux Suisses qui se solidarisent avec ces catégories de la population. Invalider l’initiative, la rejeter et rejeter le contre-projet, ce n’est pas nier le problème de la criminalité, c’est répondre à cette question par la loi, par une loi qui s’applique à tous de la même manière.

Depuis toujours, les sociétés connaissent la criminalité. Depuis que les statistiques existent, l’on sait de manière claire et incontestable que les délinquants sont des hommes jeunes sans formation générale et sans perspective d’avenir. Une statistique fondée non pas sur la nationalité mais sur la formation et le revenu montrerait que c’est la pauvreté, la carence de formation et l’exclusion sociale qui sont les caractéristiques des criminels en Suisse. C’est en combattant ces facteurs que nous aurons une société plus sûre et non pas en excluant.

C’est par un discours clair, sans concessions, édifié sur les valeurs républicaines de respect des droits fondamentaux de chaque citoyenne et de chaque citoyen, qui fonde d’ailleurs la pensée de gauche comme de droite, que notre démocratie résistera à la démagogie populiste. Les demi-mesures et les concessions tactiques dans ce domaine créent la confusion dans les têtes et renforcent l’idéologie de la discrimination.

Il est temps de parler clair, de reprendre l’initiative politique en invalidant le texte qui nous est soumis aujourd’hui, en le rejetant en cas de couardise du centre droit et en refusant les demi-mesures d’un contre-projet qui inscrirait dans la Constitution une politique à l’égard des étrangers qu’il sera pratiquement impossible de modifier à l’avenir.

Carlo Sommaruga, Conseiller national


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