Face à l’imposture du capitalisme, il est temps de construire ensemble un autre monde juste et solidaire.

COLOMBIE : Le combat des paysans pour la dignité

23 juin 2010 - Droit au logement N° 195
Malgré le fait qu’en Colombie la majorité de la population vit en zone urbaine, l’enjeu de la maîtrise du sol est au coeur de la violence qui ravage ce pays. Le cas des familles paysannes du Garzal est exemplaire.

El Garzal. Province de Bolivar, Nord de la Colombie. Un point invisible sur une carte mondiale. Un point minuscule sur la carte de la Colombie. Et pourtant. Il s’agit d’une communauté confrontée à sa survie, comme des milliers d’autres communautés en Colombie. Ce sont 250 paysans qui luttent pour le droit à la terre et des conditions de vie dignes. Ce droit à la terre qui leur donnera finalement la possibilité d’accéder à un logement décent pour y loger leur famille. Car jusqu’à la régularisation définitive du statut de la terre, il n’est pas envisageable de procéder aux importants investissements pour la construction d’habitations en dur. La régularisation pourrait cependant s’avérer impossible.

Le cas des familles paysannes du Garzal est exemplaire. Ces familles sont arrivées sur place il y a 20, 30 ou 40 ans. Elles y ont été poussées par le gouvernement dans le cadre de la politique de colonisation de nouvelles terres. Nombre de personnes ont ainsi quitté les quartiers pauvres des villes et les régions du pays où les terres étaient devenues insuffisantes notamment en raison de l’extension des latifundios. Dans certaines régions les monocultures comme la canne à sucre ou la palme africaine destinés à la production des agrocarburants ont fait leur apparition. Cette tendance déloge les petits paysans au profit de nouveaux titulaires de la terre.

Le règne des narcotrafiquants

L’accès à la terre est aussi indispensable aux narcotrafiquant pour la production de la feuille de coca, mais aussi pour y cacher les laboratoires clandestins de transformation et les pistes d’aviation. C’est donc une guerre sans merci qu’ont livrée ces narcotrafiquant aux communautés paysannes qu’ils accusaient d’être liés aux groupes de résistance armée comme les FARC ou l’ELN. Derrière l’apparence de légitimité et de légalité d’accession à la terre, la titularisation de la propriété était – elle l’est encore – quasi systématiquement précédée de menaces et d’assassinats perpétrés par les paramilitaires. C’est d’ailleurs en Colombie que l’on compte le plus grand nombre d’assassinats de syndicalistes, lesquels incluent dans ce pays aussi les dirigeants paysans. Pour ces paysans souhaitant vivre, se loger et cultiver leurs cultures vivrières en paix, le plus grave c’est l’absence de protection de l’Etat. En effet, les paramilitaires sont structurellement liés à l’Etat, comme le procès de Jorge Noguera, ancien directeur du DAS, le service de renseignements colombien, actuellement pendant devant la Cour suprême colombienne, le fait apparaître au grand jour. Menaces et stratégies d’assassinats politiques étaient préparées dans les officines du DAS, communiquées aux paramilitaires, eux-mêmes en contact avec les narcotrafiquants et de très nombreux politiques de tout niveau du fonctionnement de l’Etat, parmi lesquels les parlementaires, dont plus d’une centaine sont sous enquête pénale.

De manière non-violente, ces paysans du Garzal, appuyés par diverses ONG, comme les Brigades internationales de la paix (PBI) et Swissaid, ont développé deux voies pour résister aux pressions du grand propriétaire terrien voisin narcotrafiquant notoire. D’une part, ils se sont mis à planter des cacaotiers pour améliorer leurs ressources, mais surtout pour montrer que la volonté de s’enraciner sur les terres qu’ils travaillent depuis des décennies n’est pas un simple slogan. D’autre part, ils s’engagent dans la bataille juridique avec le soutien d’avocats courageux, notamment ceux du Collectivo de abogados Javier Alvear Restrepo (CAJAR) qui affrontent devant les tribunaux les barons locaux, l’administration, souvent corrompue, et dans la rue les menaces de mort.

Faux espoirs

Ce combat juridique pour la terre avait abouti à la distribution des titres de propriété par l’Institut national colombien de développement rural (INCODER).

Finalement, les paysans pensaient avoir gagné la bataille et avoir acquis le droit de construire un logement digne et vivre en paix. C’était trop beau pour être vrai. Deux jours plus tard, une fonctionnaire de l’INCODER revenait sur place reprendre les documents ! Corruption, menaces, influences politiques de haut niveau. Personne ne sait ce qui a motivé le revirement de l’administration. Une seule chose est sûre : dans la violence politique, chevillée au corps des plus hautes sphères de l’Etat colombien, une communauté de 250 paysans, au fin fond du Magadalena Medio, se bat toujours pour son droit à la terre et son droit au logement !

Carlo Sommaruga, Secrétaire général de l’ASLOCA Romande


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé

Site réalisé avec SPIP 1.9.2i + ALTERNATIVES + vocables.com

     RSS fr RSSMes thèmes politiques RSSAutres   ?