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POLITIQUE : Drame norvégien : La droite national-populiste doit assumer sa co-responsabilité intellectuelle

jeudi 28 juillet 2011 par Carlo Sommaruga

Soudain, l’horreur. 72 morts, des dizaines de blessés, une froide détermination politique exposée en 1’500 pages d’un manifeste de la haine. Le monde entier regarde toujours incrédule en direction de la Norvège et partage la souffrance d’une population meurtrie. Un état de choc et une incompréhension générale. Que s’est-il passé ?

Au-delà de l’indignation et de la solidarité que nous inspire cette tragédie, se pose la question des raisons de ce drame. Or, cet acte de terreur s’inscrit clairement dans un contexte plus global : le climat politique et social créé par les partis d’extrême droite européens qui déversent inlassablement sur les populations leur haine et leurs idées racistes et anti-islamistes.

Une responsabilité que les tenants de cette idéologie de la haine n’entendent naturellement pas assumer. Diverses stratégies sont mises en place.

Premièrement, il s’agit de prétendre que l’on est confronté à acte isolé d’un aliéné. L’historien Nicolas Lebourg souligne dans Libération du 27 juillet « la stratégie du FN, c’est de psychologiser l’affaire. On dit que Breivik est fou pour retirer le caractère politique et raciste du geste ». Comme pour faire écho en Suisse aux propos du FN, Oskar Freysinger, sur les ondes du service public, affirme lui aussi que l’acte est commis par un dément et pointe du doigt les effets des jeux vidéos pour expliquer la rage du terroriste norvégien.

Deuxièmement, invoquer la récupération politique pour tenter de mettre hors-jeu l’interlocuteur, et surtout balayer d’un revers de main toute entrée en matière sur une responsabilité intellectuelle comme cause directe et indirecte du massacre commis. Ainsi, lorsque le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) écrit samedi 23 juillet dans un communiqué de presse : « Dans toute l’Europe, les partis populistes et les extrêmes droites (…) portent une lourde responsabilité dans le climat délétère qui pèse sur le continent tout entier », la présidente du Front national français, Marine Le Pen, réagit immédiatement en accusant le Mrap de « récupérer » cet événement pour « tenter de créer la confusion dans les esprits et faire progresser son combat militant ». L’objectif est évident.

Lorsque sur un réseau social, je me demande si Oskar Freysinger mettra fin à ses contacts avec les réseaux anti-islam en Europe après la tragédie norvégienne, le même argument de la récupération politique est servi comme toute réponse. Plus simple évidemment que de revenir, au moment de l’expression ultime et abjecte du discours identitaire anti-islam et anti-multiculturalité, sur sa participation en décembre 2010 aux « Assises internationales sur l’islamisation de nos pays », organisées par le mouvement d’extrême droite « Bloc identitaire » et l’association « Riposte laïque ». Ou que d’évoquer la récente invitation du conseiller national UDC au chef de file de l’extrême droite néerlandaise Geert Wilders afin qu’il donne une prétendue conférence sur l’islam à Savièse (VS). La Radio suisse romande a d’ailleurs relevé, dans l’émission Forum du 27 juillet 2011, suite à un examen de ses interviews et déclarations, la dureté des propos d’Oskar Freysinger contre l’Islam. Sa « lutte contre une fausse tolérance au dogme islamique » prendrait ainsi place dans une « situation d’avant-guerre civile ». Il dit aussi que « le bradage de la race blanche en marche » nécessiterait « une politique nataliste démesurée », consistant en pas moins de 5 enfants par famille blanche et européenne. Par ce mouvement démographique, « l’islam a perdu le combat, là on a gagné. »

Relevons que même si les partis nationalistes et leurs élus rejètent toute responsabilité ou lien intellectuels avec la tragédie d’Oslo, certaines voix parmi les plus extrémistes des mouvements national-populistes européens ont déclaré ces derniers jours se reconnaître dans les thèses défendues par Anders Behring Breivik. C’est le cas en Italie d’un élu de la Lega Nord, en France d’un candidat FN aux élections cantonales et même d’un représentant du parti du Progrès, expression danoise du national-populisme !

Soulignons également que l’UDC - citée dans le manifeste du jeune extrémiste norvégien – a vu sa direction se poser la question du maintien de la date de lancement de son initiative anti-étrangers alors qu’elle affirme l’absence de tout effet entre leur discours, celui des partis frères européens et la tragédie norvégienne. Etonnant.

Dans les faits, le lien intellectuel est bien réel entre ce genre d’actes individuels barbares et les discours et les politiques identitaires dont sont abreuvés, depuis des années, les populations européennes et les Suisses, et qui nourrissent tant en Europe qu’en Suisse, la peur, la haine et la violence. En ce sens, la droite national-populiste européenne, mais aussi suisse, est intellectuellement co-responsabie du terrorisme politique qui a fauché à Oslo des dizaines de vies innocentes.

Carlo Sommaruga, Conseiller national


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